En vérité...

En vérité, il n'y a pas de mots pour expliquer la souffrance, pas plus qu'il n'y a de mots pour expliquer l'amour. L'amour n'est pas un attachement, l'amour n'est pas l'opposé de la haine, l'amour n'est pas la jalousie. Et quand on en a fini avec la jalousie, l'envie, l'attachement, et avec tous les conflits et toutes les tortures par lesquels on passe en croyant qu'il s'agit d'amour, il reste encore à savoir ce qu'est l'amour, ce qu'est la souffrance.
Vous ne saurez ce qu'est l'amour, ce qu'est la souffrance, que lorsque votre esprit aura rejeté toutes les explications, lorsque vous n'imaginerez plus, lorsque vous ne chercherez plus de causes, lorsque vous ne vous bercerez plus de mots, lorsque vous n'irez plus raviver dans votre mémoire le souvenir des souffrances et des plaisirs passés. L'esprit doit être parfaitement silencieux, sans un mot, sans un symbole, sans une idée. Alors vous découvrirez — ou plutôt alors nait — un état dans lequel ce que nous avons appelé amour, et ce que nous avons appelé souffrance, et ce que nous avons appelé mort, sont une seule et même chose. Il n'y a plus de division entre l'amour, la souffrance et la mort ; et là où il n'y a plus de division, alors est la beauté. Mais pour appréhender cet état, pour être dans cet état d'extase, il faut cette passion qui survient avec le total abandon de soi.
Krishnamurti